Dimanche 8 décembre 2013 - Deuxième dimanche de l’Avent Année A - Entrée en catéchuménat d’une adulte

Le pouvoir ne se partage pas

Isaïe 11,1-10 - Psaume 71,1-2.7-8.12-13.17 - Romains 15,4-9 - Matthieu 3,1-12
dimanche 8 décembre 2013.
 

Cet adage a servi de titre au récit des luttes sournoises et sans merci auxquelles donne lieu la cohabitation en régime de Ve République. Mais c’est le cas de la vie politique en général. Quel concurrent résolu donnerait un coup de pouce à son adversaire ? Un coup de pied, peut-être !

De même il n’est pas prévu, au livre d’Isaïe, de partager l’Esprit Saint, qui est la puissance de Dieu, entre deux césars, trois augustes ou cinq cents membres de l’assemblée. Les dons de l’Esprit énumérés ici sont bien les facultés du pouvoir suprême : juger, exécuter. Ils sont tous destinés au seul Messie attendu : le « fils de David », le roi de qui l’on espère un gouvernement parfait du peuple élu.

Et, en effet, la prophétie d’Isaïe se réalise en la personne de Jésus sur qui demeure l’Esprit. Il est L’Oint, le Messie, le Christ, ces trois mots désignant, en français, en hébreu et en grec, celui sur qui l’Esprit Saint est répandu. Pourtant, Jésus Christ ne semble pas réaliser le programme tracé par Isaïe : « Comme un bâton sa parole frappera le pays, le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant. »

Mais qui aurait pu imaginer qu’il prendrait sur lui la mort du méchant pour qu’il vive ? Et que sa parole frapperait le peuple au cœur pour lui faire regretter son péché et accueillir le pardon ? Oui, la prophétie d’Isaïe s’accomplit en Jésus, de la plus merveilleuse des manières. Et c’est par la puissance de l’Esprit Saint jailli du côté percé du Christ en croix que nous sommes sauvés et pardonnés. D’ailleurs, le même Isaïe chantait le Serviteur souffrant du Seigneur qui devait s’offrir pour tous. Quant à l’effusion de l’Esprit sur le peuple, l’Écriture l’avait annoncée de bien des façons. Le jour de la Pentecôte, les Apôtres virent descendre du ciel « comme une sorte de feu qui se partageait en langues et se posait sur chacun d’eux ». Faut-il comprendre que l’Esprit se partage ? Il me semble que non, décidément, le pouvoir ne se partage pas. Mais il nous est donné part au pouvoir du Christ. C’est le mystère du baptême, non celui de Jean qui était seulement dans l’eau, mais celui de Jésus, dans l’Esprit Saint et dans le feu.

Par le baptême, nous avons part à la mort du Seigneur : il fait mourir en nous le mal, la méchanceté. Non en effaçant en nous tout mauvais penchant et toute tentation, mais en nous ouvrant à la miséricorde et à la charité fraternelle. Et nous avons part à sa vie de ressuscité, à la puissance de son Esprit Saint : non pour détruire les ennemis, mais pour les convertir par la sainteté de celui dont nous sommes témoins. Car nous avons part, par le baptême, au Christ, prêtre, prophète et roi.

Ainsi se réalise le programme tracé par saint Paul dans la deuxième lecture : « Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu ». C’est le bonheur de la charité fraternelle des disciples du Christ qui ne font qu’un en lui, dans la communion de l’Esprit Saint. Ce bonheur, vous le goûtez déjà, Laetitia, et vous le recevrez en plénitude par les sacrements du baptême, de la confirmation et de l’Eucharistie.

C’est notre espérance ferme pour tout homme, qu’il veuille bien accueillir en son cœur celui qui est venu donner sa vie tout entière pour accueillir en lui le dernier des enfants des hommes. Le pouvoir de devenir enfant de Dieu ne se partage pas : il est tout entier dans le Christ. Et celui en qui il vient le reçoit en plénitude.