Dimanche 22 décembre 2013 - Quatrième dimanche de l’Avent Année A

L’amour est esclave

Isaïe 7,10-16 - Psaume 23,1-6 - Romains 1,1-7 - Matthieu 1,18-24
dimanche 22 décembre 2013.
 

Plutôt d’accord ? Pas d’accord ? Ne sait pas ? L’amour est aveugle, on sait que cela veut dire : l’amoureux ferme les yeux sur les défauts et les fautes de l’aimée. Alors, si Joseph aime Marie, ne devrait-il pas fermer les yeux ?

Mais Joseph est un homme juste. Or, la Loi interdit de prendre chez soi la fautive ; elle prescrit même de la répudier. Mais être juste signifie aussi être accordé au cœur miséricordieux de Dieu qui veut du bien à qui est en tort. Dans ce grand embarras, Joseph prend une décision qui ne peut être que provisoire : la répudier en secret.

Contrairement au roi Achab, il ne choisit pas une solution à tout prix, il laisse à Dieu le temps de manifester sa volonté. Il se montre ainsi à la fois juste, sage, plein de miséricorde et prudent. Et Dieu peut donc lui confier la garde de ses plus grands trésors : son Fils venu en notre chair et sa mère très sainte. Il a passé avec succès ce qu’on appelle une épreuve qualifiante.

Certains, en mélangeant avec l’évangile de Luc, pensent que Marie avait tout dit à Joseph, dont le problème serait donc seulement une crainte révérencielle devant le mystère. Mais c’est supprimer toute la dramatique voulue par Matthieu. D’ailleurs, un bon esprit comme Joseph Ratzinger, Benoît XVI, ne considère même pas l’hypothèse dans son « Jésus », alors qu’il en envisage bien d’autres.

Les acteurs de l’évangile ne sont pas des personnages de contes de fée, mais des humains bien réels comme nous. Comme, bien sûr, Jésus lui-même, qui a assumé notre humanité avec son voile d’ignorance sur son omniscience divine. Ainsi, à la veille de sa passion, dans l’incertitude où il se trouve de la volonté de son Père, il prie jusqu’au bout pour que la coupe s’éloigne de lui, s’il est possible. Une fois éclairé, il entre avec résolution dans sa passion.

De même, Joseph, instruit par l’Ange, fait aussitôt ce qui lui est prescrit. Et, s’il faut croiser les évangiles, nous pouvons aussi rapprocher l’attitude de Joseph aujourd’hui de celle de Jésus devant la femme adultère. Avec une sainte habileté, il évite de parler contre la loi qui prescrit la lapidation, mais aussi de l’appliquer brutalement. Il laisse la place à la miséricorde divine qui ne manque pas de se manifester.

Quand toute ma volonté est de faire celle de Dieu, mes seules limites sont celles de la faiblesse humaine. Il faut alors tenir dans le combat spirituel, avec patience, jusqu’à ce que le Seigneur accorde le signe qui lève toute ambiguïté. C’est l’exemple que nous donne Joseph aujourd’hui. Suivons-le.

Nous connaîtrons alors la liberté paradoxale de l’amour quand il est sans obstacle et sans limite : un tel amour divin est esclave de Dieu dans la parfaite vision de sa volonté bienheureuse, et c’est ainsi qu’il est libre comme Dieu.