Dimanche 12 janvier 2014 - Baptême du Seigneur Année A - Fête des baptisés de 2013

Justice est faite

Isaïe 42,1-4.6-7 - Psaume 28,1-4. 9-10 - Actes 10,34-38 - Matthieu 3,13-17
dimanche 12 janvier 2014.
 

Ne faut-il pas faire justice ? Bien sûr, tout le monde est pour. Mais déclarer que « justice est faite » laisse souvent un goût amer. Éliminer tous les coupables est une solution radicale tentante pour son efficacité apparente. Mais sans doute irréalisable et finalement pas vraiment juste. Un coupable n’est pas que sa faute, et si tout ceux qui sont de quelque manière en tort étaient exécutés, il ne resterait personne. Il faut bien, certes, mettre le malfaisant hors d’état de nuire, punir les coupables pour qu’ils ne recommencent pas et ordonner la réparation des dommages. La justice des hommes est nécessaire. Mais elle n’est tolérable que si elle se reconnaît faillible et relative, toujours imparfaite et limitée.

Pourtant, Jésus dit littéralement à Jean Baptiste : « c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice ». Nous ne voyons pas bien en quoi le fait que Jésus, qui est parfaitement innocent, reçoive le baptême « de conversion en vue du pardon des péchés » accomplirait toute justice. Se laisser plonger par Jean dans le Jourdain rappelait l’engloutissement des Égyptiens dans la mer des Roseaux et signifiait donc qu’on se reconnaissait coupable et passible de mort. Si bien que le baptême de Jésus est la prophétie de sa mort sur la croix où il porte tous les péchés. Il est bien l’Agneau qui enlève le péché du monde, comme le Baptiste le désigne en saint Jean. Ainsi, il « justifie ».

Si je me sens coupable moi-même, ou que je vois d’autres que moi être coupables de fautes que personne au monde ne saurait pardonner, cette bonne nouvelle me libère du ressentiment inextinguible et m’ouvre à l’espérance pour la vie qui continue et recommence, malgré l’irréparable qui fut commis. Jésus a accompli toute justice sur la croix, et il vient pour manifester cette justice plus grande que celle des hommes, si grande qu’elle nous est un scandale : la miséricorde de Dieu pour les pécheurs.

Jésus dit à Jean, littéralement : « Pour le moment, laisse ! » Pour le temps que nous vivons, laissons l’injustice demeurer irrésolue sans que cela nous empêche de vivre. Le baptême chrétien nous donne la foi dans le salut obtenu par le sacrifice du Christ, et il nous donne effectivement ce salut. Ainsi, nous pouvons vivre déjà de la vie du Ressuscité, dans l’attente de sa venue dans la gloire.

La seule solution radicale à l’injustice du monde, c’est la Pâque du Fils bien-aimé de Dieu. La voix qui vient du ciel lui rend témoignage : « en lui je trouve tout bon ». C’est la traduction littérale du grec « év hô eudokèsa » que la traduction liturgique rend par : « en lui j’ai mis tout mon amour ». Les enfants diraient : « Il a tout bon. » C’est vrai, et c’est vrai pour lui seul. Alors, si tu t’acharnes à paraître parfait, laisse ! Si tu poursuis de ta vindicte insatiable ceux que tu condamnes dans rémission, laisse ! Si tu ne t’autorises plus à vivre à cause de tes fautes, laisse ! Laisse à Jésus d’accomplir toute justice en s’offrant pour toi et pour tous sur la croix. Accueille ton pardon comme le Seigneur accueille ton repentir, fais miséricorde comme il t’a été fait miséricorde, et le monde sera un peu moins injuste, grâce à Dieu !

Aimons-nous comme nous sommes aimés, ainsi toute justice sera faite au-delà des attentes humaines.