Dimanche 26 janvier 2014 - Troisième dimanche Année A

Il n’y a pas de honte à cela

Isaïe 8,23b à 9,3 - Psaume 26,1.4.13-14 - 1 Corinthiens 1,10-13.17 - Matthieu 4,12-23
dimanche 26 janvier 2014.
 

Manger quand on a faim, dormir quand on a sommeil, pleurer quand on est triste, crier quand on a mal, il n’y a pas de honte à cela : c’est la faiblesse humaine et notre fragilité. Pourtant, quand il nous arrive malheur, nous préférons souvent penser que c’est de quelque manière par notre faute. L’idée que nous serions simplement victime de la malchance ou de la méchanceté d’autrui paraît pire. Toutefois, la culpabilité peut nous ronger aussi. Ainsi, se forme un nœud de sentiments contradictoires vaguement teintés de honte que nous portons soigneusement caché. En effet, le pire serait qu’il soit étalé à la lumière crue du monde : notre disgrâce est pesante, mais qu’elle se dévoile aux regards de tous et, là, « c’est la mort » !

Pourquoi donc est-il écrit que le Seigneur a couvert de honte le pays de Zébulon et le pays de Nephtali ? Il s’agit des deux tribus d’Israël à qui le Nord de la Terre de la Promesse était dévolu. Elles ne réussirent jamais bien à s’y implanter et souffrirent beaucoup de l’oppression des voisins. À leur grande honte, puisque la supposition était que leur infidélité seule pouvait causer cette infortune. Toutefois, un épisode célèbre du livre des Juges nous montre Gédéon brisant le joug de l’oppresseur du moment, d’où l’allusion au « jour de la victoire sur Madiane ».

Mais l’espoir qui habite l’oracle d’Isaïe, sans doute fondé sur l’avènement du roi Ézéchias, sera déçu : quelques années plus tard, tout l’Israël du Nord tombera aux mains de l’Assyrie. Ce n’est qu’au bout de sept siècles et demi d’attente que cette promesse, pieusement conservée par l’Écriture malgré toutes les désillusions du peuple en ses tribulations, trouve enfin son accomplissement dans le Christ. Au témoignage de l’évangile de saint Matthieu, en effet, la venue de Jésus en Galilée est cette grande lumière annoncée sur ceux qui habitaient le pays « de l’ombre et de la mort ».

En quoi la prédication de Jésus, « Convertissez-vous car le Royaume des cieux est tout proche », peut-elle se comparer à la libération guerrière accomplie jadis par Gédéon ? Se convertir, c’est se retourner vers Dieu. Celui qui se terre dans l’obscurité pour mieux cacher son syndrome de malheur, de malchance, de culpabilité et de honte qui l’étouffe, s’il se tourne vers le Christ et dépose son fardeau à ses pieds, le voilà aussitôt délivré du pire.

Le supplice de la croix était fait pour étaler aux yeux de tous la culpabilité et la détresse du condamné, c’était la honte suprême et la pire des fins. C’est pour nous qu’il a subi ce tourment, pour pouvoir accueillir et porter le fardeau de tous ceux qui habitent l’ombre et la mort. C’est pour nous qu’il est ressuscité, pour relever notre front de la poussière et nous relancer dans la vie, une vie couverte de gloire par sa victoire sur le mal. Accueillir sa miséricorde, c’est commencer déjà à vivre en ressuscité.

Levons les yeux vers sa croix et comprenons que, s’il n’y a pas de honte à cela au regard de Dieu mais au contraire la gloire parfaite, c’est que son Règne est là, pour la déroute de tout esprit mauvais et la consolation de tous les pauvres de la terre.