Dimanche 9 février 2014 - Cinquième dimanche Année A

Argent, amour

Isaïe 58,7-10 - Psaume 111,1a.4-5a.6-8a.9 - 1 Corinthiens 2,1-5 - Matthieu 5,13-16
dimanche 9 février 2014.
 

Argent, amour : tout est un peu là, non ? Surtout si l’on met sous l’argent tout ce qui est matériel et, sous l’amour, tout le relationnel. Aussi Jésus prend-il deux comparaisons : le sel et la lumière. Dans l’Antiquité, le sel était une valeur, et même parfois une monnaie d’échange. Quant à l’amour, il est la lumière qui met la vie en couleurs.

Dans l’espace public et politique, on distingue aussi deux domaines : l’économie et les questions de société. Curieusement, à gauche on est plutôt pour la régulation économique et la permissivité sociétale, tandis qu’à droite, c’est l’inverse. Quant au centre, il prétend tenir un juste équilibre. C’est pourquoi, sans doute, l’Église semble souvent proche des centristes.

Elle s’oppose, en tout cas, autant à l’utopie libertaire qui croit au droit absolu de chacun à disposer de lui-même selon ses choix et sa fantaisie, qu’au libéralisme dont l’idéal est l’absence totale d’intervention de l’État dans le jeu du marché et de la libre entreprise. Dans un cas comme dans l’autre, elle tient pour nécessaire de protéger les plus faibles et de corriger les disparités, ainsi que de prendre des mesures pour promouvoir la cohésion sociale et encourager la vertu.

Mais l’Église a plus d’ambition pour l’homme qu’une simple régulation des comportements pour éviter les excès. Le sel de la terre selon Jésus Christ, c’est le goût du partage qui l’emporte sur l’égoïsme et la cupidité. La réduction des injustices par la contrainte exercée sur les plus riches ne sera jamais une solution très efficace. Comme l’a très bien expliqué le pape Benoît XVI, l’économie elle-même nécessite la pratique du don et le goût de la gratuité pour bien fonctionner.

De même, l’aspiration universelle de chacun à l’amour ne peut réussir en laissant libre cours aux passions et aux pulsions individuelles, ni même en les réprimant autant que nécessaire. Seule la famille traditionnelle comme modèle efficace de l’alliance conjugale et de l’éducation des enfants, comme voie normale offerte aux jeunes gens pour réalise leur aspiration au bonheur, conduit à une société heureuse.

Ainsi se manifeste l’unité profonde des deux domaines que nous distinguons pour la commodité de la réflexion : en réalité, dans les deux cas il s’agit de l’amour, au sens le plus vrai et le plus profond. C’est pourquoi l’Église, en prêchant l’Évangile de Jésus Christ, montre réellement à tous les hommes la voie d’une civilisation de l’amour qui seule peut les combler tous.

Le monde, aujourd’hui comme hier, se meurt d’adorer l’agent, et les hommes se détruisent en prenant leurs passions pour l’amour véritable. Disciples du Sauveur, nous devons recevoir sa parole comme un injonction grave et pressante : en suivant ardemment ses préceptes, en les mettant courageusement en pratique dans l’économie publique ou privée comme dans la vie familiale et les relations humaines en général, nous serons le sel et la lumière dont le monde et les hommes ont besoin pour trouver le chemin du bonheur.