Dimanche 16 février 2014 - Sixième dimanche Année A

Radical

Siracide 15,15-20 - Psaume 118,1-2.4-5.17-.33-34 - 1 Corinthiens 2,6-10 - Matthieu 5,17-37
dimanche 16 février 2014.
 

Radical : entier, extrémiste, intransigeant, sans concessions ?

Non, simplement : qui relève de la racine.

Jésus, parfois, ne répond pas à ceux qui lui demandent : « oui ou non ? » Il lui arrive même de finasser avec eux pour déjouer leurs pièges. Pourtant, ses actions et ses paroles relèvent toutes du oui fondamental, de l’Amen qu’il est à son Père.

Rien de brutal, donc, dans son propos d’aujourd’hui, malgré les apparences, mais une exigence de fidélité inconditionnelle. Pour l’illustrer, prenons la comparaison d’une plante. L’arbre tire son élan du réseau racinaire d’où monte la sève qui, passant par le tronc solide et droit, atteint jusqu’au dernier rameau de la frondaison, frémissant au moindre souffle. Telle est sa cohésion organique, sa cohérence vitale, que viendrait blesser toute coupure du flux nourricier.

Telle est la fidélité de Dieu, inébranlable dans l’amour qu’il a juré à nos Pères, à son peuple et à son Messie. Ce qui ne l’empêche pas « d’écrire droit avec des lignes courbes », d’accompagner nos chemins sinueux pour mieux les conduire selon sa grâce.

Ainsi, l’exhortation du Seigneur aujourd’hui nous appelle à repartir sans cesse de son « oui » à lui qui seul est sûr, et à prendre exemple sur sa conduite miséricordieuse pour régler la nôtre. Nous qui sommes prêtres ou avons fait des vœux religieux, nous savons combien d’intelligence et de patience sont nécessaires pour mener une vie entière dans la fidélité à nos engagements initiaux. Les époux aussi le savent, qui dans la vie conjugale et l’éducation des enfants connaissent la nécessité des tours et des détours inspirés par l’amour.

Nous tous, baptisés, nous le savons. Même si ce fut dans notre petite enfance, l’adhésion au don de Dieu affirmée par nos parents se renouvelle en chaque eucharistie, à chaque communion. C’est parce que lui est fidèle que nous pouvons choisir de mettre notre vie en conformité à nos engagements baptismaux.

Bien plus, ceux mêmes qui n’ont pas été baptisés portent en eux l’amen de Dieu à leur vie, auquel ils consentent chaque fois qu’ils choisissent le chemin du bien plutôt que les suggestions du Mauvais, chaque fois qu’ils ne laissent pas cisailler par l’insincérité le flux vital que Dieu ne cesse de leur communiquer. Ainsi s’accueille et se forme en eux jusqu’à sa plénitude la vie éternelle à laquelle ils sont destinés.

Nous tous, donc, soyons fidèles à la Racine, au Père qui veut la vie de ses enfants, et la vie en abondance. Au Vivant qui poursuit son dessein de salut en faveur des pécheurs, par la grâce du Fils, ce tronc auquel nous sommes greffés. Notre oui en réponse à l’Amen de Dieu est vrai, radicalement, quand toutes nos paroles et nos actions relèvent de cette Racine et qu’elles tirent leur dynamisme de la Sève : l’Esprit qui est Seigneur et qui donne la Vie.