Dimanche 23 février 2014 - Septième dimanche Année A

Vous aimez ceux qui vous aiment, n’est-ce pas ? Sinon, c’est grave.

Lévitique 19,1-2.17-18 - Psaume 102,1-4.8.10.12-13 - 1 Corinthiens 3,16-23 - Matthieu 5,38-48
dimanche 23 février 2014.
 


-  Que vous êtes beau et intelligent ! Et puis fort, avec ça ! dit le flatteur.
-  Voilà une personne bien sympathique. Et de bon jugement, en plus. Pense le flatté. Les flatteurs passent pour hypocrites. Mais ils sont sincères, le plus souvent. L’intérêt les motive. Alors ils y vont de bon cœur : ils veulent croire à ce qu’ils disent pour mieux convaincre, et ils y arrivent. Le psalmiste courtisan du Psaume 44 encourage la princesse que le roi veut épouser : vas-y, lui dit-il en somme, et quand tu seras reine, « les plus riches du peuple, chargés de présents, quêteront ton sourire. » Évidemment, si elle vient à être déchue de l’amour du roi, soudain l’on ne l’aimera plus. Mais ce que les flatteurs font par de bas motifs, la volonté peut l’obtenir pour de plus hauts intérêts.

Les sentiments sont comme des chevaux fougueux que personne ne peut maîtriser. Pourtant, à force de patience et de savoir-faire, le fin cavalier parvient à les mener où il veut. C’est pourquoi les exhortations de Jésus aujourd’hui sont bien plus raisonnables qu’elles n’en ont l’air.

Ton ennemi, objectivement, est celui qui te veut et te fait du mal. Spontanément, la douleur te porte à la haine en réponse à la haine, c’est-à-dire à l’imitation des sentiments de l’agresseur. C’est pourquoi Jésus dit de « ne pas riposter au méchant ». En grec, c’est encore plus clair : le verbe utilisé, anthistamai, signifie d’abord « placer en face, comparer », puis « s’opposer ». En somme, il s’agit de ne pas faire « l’anti-mauvais », de ne pas jouer au plus méchant. Alors apparaît la continuité avec la loi du Talion : « œil pour œil, dent pour dent » avait précisément pour but de limiter l’escalade. Ainsi Jésus, ici comme ailleurs, ne fait qu’approfondir l’esprit de la Loi qu’il cite.

Aimer son ennemi, c’est objectivement répondre à la mauvaise action par la bienveillance des actes - et qu’importe si les sentiments n’y sont guère, ils seront priés de suivre la volonté ! Ainsi, si l’on te frappe sur la joue droite, présente l’autre : la joue meurtrie appelle la meurtrissure, mais l’autre, indemne, suggère le respect du semblable. La présenter à l’agresseur, c’est lui offrir le miroir d’une bienveillance plutôt que de relancer l’offense. C’est se donner la chance de l’arrêt des violences.

Jésus agit ainsi sur la croix. Il fait pleuvoir le pardon sur les pécheurs qui le crucifient et briller son amour sur les méchants qui l’injurient. Cela nous semble impossible pour nous-mêmes. Essayons quand même. Tant de saints l’ont fait avant nous à la suite du Christ. Parce qu’il s’est mis à aimer celui qu’il persécutait, saint Paul a appris à aimer ses persécuteurs. Voilà la tradition lumineuse qui s’oppose au cercle vicieux de la violence et de la haine, le feu de l’amour divin qui se diffuse et se propage.

Quand nous étions ses ennemis, Dieu nous a aimés le premier en son Fils Jésus Christ. Maintenant, nous l’aimons, n’est-ce pas, celui qui nous aime ? Et nous lui rendons grâce de tant d’amour et de vérité en nous aimant les uns les autres.