LES RISQUES ET LES CHANCES DE L’ASCENSION - Éditorial du dimanche 5 mars 2016 - Premier dimanche de Carême

samedi 4 mars 2017.

Icare s’était façonné des ailes en plumes d’aigle collées à la cire. S’approchant trop du soleil, il vit fondre son équipement et partit en vrille. Image mythologique de l’hubris, cette exaltation de soi condamnée par la sagesse grecque, il pourrait aussi illustrer l’adage populaire : « Qui veut faire l’ange fait la bête ».

Trois soleils de ce monde menacent de brûler ceux qui s’y dorent à l’excès : l’avoir, le pouvoir et la gloire. La prudence païenne recommande simplement de ne pas dépasser de justes limites à ses ambitions. Mais l’aspiration chrétienne n’admet pas de mesure dans l’élévation de l’amour. Comment donc se préparer à l’ascension vers le Foyer plus ardent que mille soleils ?

Justement ce qui est menace dans le mouvement du monde devient remède au registre de la Lumière : plus nous nous approchons de la Source, plus nous nous laissons dépouiller de ce qui nous en interdit l’accès. Se conformer au Christ, c’est s’exposer à voir brûler tout ce qui en nous s’oppose à Dieu. À première vue, cette perte nous effraie, car l’Ennemi nous suggère de nous accrocher à nous-même. Mais c’est aussi ainsi que nous sommes rendus moins vulnérables au Mauvais. Ne craignons pas d’aller vers Dieu : il viendra à nous et nous rendra capables de le recevoir.

L’affermissement progressif dans l’humilité du Fils de l’homme, mieux que des ailes d’ange, conduit à la perfection qui nous est commandée : si tu acceptes de n’avoir rien, de ne pouvoir rien et de n’être rien, qui pourra fléchir ton désir de la maison du Père ou t’arrêter dans ton chemin vers la Résurrection ?


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