SAUVE DONC ! - Éditorial du dimanche 9 avril 2017 : les Rameaux et la Passion

samedi 8 avril 2017.

Aujourd’hui dans notre pays, la moitié des électeurs, sans doute, attendent de leur candidat préféré qu’il sauve la France. De leur côté, la plupart des candidats, sinon tous, se prétendent en mesure d’y parvenir.

Au temps de Jésus, en Israël, le peuple n’avait pas moins de raisons d’espérer un homme providentiel, et ils étaient plus fondés à l’attendre puisque Dieu le leur avait promis. Aussi criaient-ils « Hosanna ! » avec conviction.

Peut-être avaient-ils oublié le sens littéral de l’expression en hébreu : « Sauve donc ! » Le « na » final, en effet, se traduit par « donc », car c’est une particule intensive. Or, elle peut inclure une nuance de prière, ou pas.

D’ailleurs, le même évangéliste Matthieu nous précise qu’au pied de la croix les passants injuriaient Jésus en lui disant : « Sauve-toi toi-même ! » Et les scribes d’en rajouter : « Il en a sauvé d’autres et il ne peut pas se sauver lui-même ! Qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui ! » Chez Luc, un de ses compagnons de crucifixion lui enjoint : « Sauve-toi toi-même, et nous avec ! » Difficile de voir une prière dans ces lazzi.

L’ambiguïté de l’acclamation populaire lors de l’entrée du Christ à Jérusalem est donc réelle sous la plume de l’évangéliste, même si elle demeure latente à ce moment-là. Tout l’enjeu pour nous est de lever l’indétermination : croyons-nous vraiment que le Christ nous sauve, nous et le monde entier, quand il meurt sur la croix ?

Un test pourrait être de vérifier la façon dont nous prions pour la France en cette heure d’élection présidentielle : voulons-nous simplement donner une valeur de piété à nos propensions politiques personnelles, ou sommes-nous décidés à nous laisser éclairer par l’Évangile dans tous nos choix, et donc aussi dans nos responsabilités démocratiques ? Que devons-nous demander de digne du Christ aujourd’hui pour la France et pour le monde ?


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