QUI SONT LES BÉNIS ? - Éditorial du dimanche 17 février 2019 - 6e dimanche - Année C

dimanche 17 février 2019.

Celui qui dit à ses disciples : « Bénissez ceux qui vous maudissent », pourrait-il maudire lui-même qui que ce soit ? C’est impossible, bien sûr ! Il serait donc sûrement erroné de prendre les plaintes qui suivent les Béatitudes en Luc pour des malédictions. Pourtant, le ton terriblement direct du « Quel malheur pour vous, les riches ! » qui vient faire contrepoint au « Heureux, vous les pauvres ! » du début ne peut manquer de nous frapper dans sa tonalité de grave avertissement. Cette parole, parce qu’elle est du Seigneur, est certainement aussi de miséricorde. Cela ne nous dispense pas de devoir la comprendre dans sa radicalité, au contraire.

Les Béatitudes sont un encouragement dans la lutte que mènent les disciples pour écouter la Parole et la mettre en pratique. Comme une vision d’apocalypse, elles dévoilent le sens eschatologique des épreuves subies pour le nom du Christ : là où le monde ne perçoit que douleur et humiliation, le regard de Dieu reconnaît le poids de gloire virtuelle des actes et situations qui se conforment à son dessein de salut, selon sa sainte volonté. Lorsque nous peinons au point de perdre le goût de la vie et le cœur à l’ouvrage, cette parole nous relève et nous relance. C’est pourquoi André Chouraki traduit audacieusement « Bienheureux » par « En marche ! »

De semblable manière, la plainte de Jésus au sujet des « riches » peut s’entendre comme la dénonciation d’un comportement qui n’a pour horizon que les satisfactions matérielles de ce monde. Ceux qui « ont déjà leur récompense » ont renoncé à inscrire leur vie dans le mouvement du service de Dieu et de leurs frères qui caractérise toute l’existence du Christ comme des chrétiens. Alors nous pourrions rendre aussi par « En marche ! » ce qui se dit littéralement « Quel malheur ! » Heureux, en effet, ceux qui sont tirés d’une triste apathie par ce cri d’appel réveillant en eux l’amour de Dieu et du prochain, car il doit nous presser en toutes circonstances. Finalement, oui, toute cette parole d’Évangile est bien de miséricorde et pour la bénédiction de ceux qui l’entendent. Bénis, oui, bénis sont tous ceux qui écoutent la parole de Dieu pour la mettre en pratique !


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