UN SEUL ÊTRE NOUS MANQUE - Éditorial du dimanche 21 avril 2019 - Dimanche de Pâques - Année C

dimanche 21 avril 2019.

L’attachement se révèle à la douleur de la perte. Étonnante est l’émotion qui saisit la ville, la patrie et la terre entière au spectacle de notre cathédrale en flammes. Que nous soyons frappés, fidèles de l’Église à Paris qui y vécûmes tant de prières et de grâces, bien sûr ! Mais l’onde de choc s’étend loin au-delà de nos cercles fidèles, et la ferveur des échos qu’elle renvoie dépasse la mesure des sympathies d’usage. « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » dit le poète. Notre-Dame manque au monde, et le monde est orphelin.

Lamartine écrit « L’isolement » dans la douleur d’avoir perdu sa bien-aimée, magnifiant ses sentiments à sa manière romantique. Mais la profondeur de son intuition rejoint l’universelle nostalgie quand il aspire à « ce bien idéal que toute âme désire, et qui n’a pas de nom au terrestre séjour ». De même, notre tristesse de ne plus entendre au présent désormais sur le parvis : « s’élançant de la flèche gothique, un son religieux se répand dans les airs... et la cloche rustique aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts », rejoint un motif plus grand de nos serrements de cœur.

Depuis 2000 ans, en effet, il manque quelque chose au monde : le corps du Seigneur que l’on cherche encore, a disparu de notre sphère sensible. Dans nos détresses, nous en éprouvons l’absence. Mais, remplis de l’Esprit, nous vivons la présence qu’il nous a promise jusqu’au bout de l’histoire où il nous attend, ressuscité et vainqueur du tout mal. C’est le mystère et le miracle de notre foi qui apaise les plus sombres peines à sa lumière. Nous croyons que cette foi s’offre à chacun en réponse au gémissement de la création en souffrance, c’est pourquoi elle nous presse aussi de l’annoncer à tous : puissions-nous tirer de cette perte le bien d’un renouveau en notre temps pour l’Évangile de Pâques.


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