SIGNE DES TEMPS - Éditorial du dimanche 13 octobre 2019 - Vingt-Huitième dimanche - Année C

dimanche 13 octobre 2019.

L’expression, comme d’autres aussi bibliques, en faisant fortune s’est trouvée galvaudée et affadie. Si le prix des timbres augmente et que La Poste peine à trouver son équilibre économique, certains y verront un « signe des temps » parce que, courriel oblige, l’on s’envoie de moins en moins de lettres manuscrites. Mais dans le Nouveau Testament, elle désigne précisément un événement qui relève de l’accomplissement des Écritures, témoignant ainsi que le moment en est venu. Seul le regard de la foi le reconnaît pour ce qu’il est quand beaucoup y restent aveugles. Tel est l’enjeu de l’Évangile en général, et de l’épisode d’aujourd’hui en particulier.

Le Samaritain guéri semble le héros de l’histoire parce qu’il est le seul à « dire merci », mais il y figure plutôt le nœud du problème. La guérison des dix est un signe des temps, elle signifie que Dieu accomplit ce qu’annonçaient les antiques prophéties : la purification du peuple et le don à tous d’un esprit nouveau. Or, si la purification est bien effectuée, l’esprit semble manquer aux neuf juifs qui devraient reconnaître celui en qui et par qui elle advient : Jésus Christ. Le fait que le Samaritain, un « étranger », en bénéficie lui aussi devrait constituer pour eux une preuve de plus que Dieu réalise ce qu’il avait promis. Au contraire, cette extension de la grâce aux nations dont elle est le signe et que la guérison de Naaman prophétisait, deviendra pierre d’achoppement pour beaucoup en Israël.

Le juste mouvement de reconnaissance du Samaritain guéri peut s’expliquer culturellement : contrairement à ses compagnons Juifs, il n’avait aucun motif de se rendre au Temple dont il était exclu de toute façon du fait de sa nationalité « hérétique ». Il n’en constitue pas moins lui aussi un signe des temps, car les pécheurs et les païens vont entrer en foule dans l’Alliance soudain ouverte à tous tandis que beaucoup qui s’y trouvaient « de souche » en sortiront par dépit de la perte de leurs privilèges. Cet épisode ne nous est pas raconté comme une belle histoire du passé, mais proclamé dans sa brûlante actualité pour nous, car cette parole s’accomplit aujourd’hui. Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende !


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