VOIR, (NE PAS) JUGER, AGIR - Éditorial du dimanche 29 septembre 2019 - Vingt-Sixième dimanche - Année C

dimanche 29 septembre 2019.

Voir le pauvre à sa porte est préférable à l’aveuglement résolu sur son existence. Mais le regard qui se détourne de la misère vaut mieux qu’un œil voyeur. Le spectacle du malheur nous frappe inévitablement. Il éveille en nous les sentiments contradictoires de la répulsion et de la compassion, de la fascination et de la fuite. C’est pourquoi l’effort d’une certaine prise de distance est nécessaire pour comprendre la situation et l’évaluer objectivement. En revanche, juger la personne en la réduisant à sa déchéance est une tentation à laquelle nous devons résister avec la force de la foi en la parole du Seigneur. La juste attitude d’une considération qui ne manque pas à la discrétion se vérifie dans ses conséquences.

Le dilemme est semblable s’agissant d’un malfaiteur dont nous sommes témoin des méfaits, et la sortie de l’impasse est la même. Il s’agit de ne pas fermer les yeux sur le mal en évitant de céder à la séduction malsaine qu’il risque toujours d’exercer sur notre humanité faible et faillible. Là non plus, le mouvement de réprobation qui nous saisit ne doit pas tourner à la condamnation impitoyable. Dieu veut non la mort du pécheur, mais sa conversion et qu’il vive. La parabole du riche et de Lazare se comprend certes au premier degré « économique », mais aussi comme dénonçant le prétendu juste, grand prêtre ou pharisien, qui méprise l’homme du peuple couvert des ulcères de ses fautes au lieu de s’occuper de lui.

La bonne façon de juger comme nous le commande le Christ s’agissant des signes des temps, sans juger au sens où la parole de Dieu nous l’interdit, se vérifie à son tour à ses conséquences. Quand sa charité se fait inventive, le disciple s’efforce en toute humilité d’agir, si peu que ce soit parfois dans les limites étroites du raisonnable, plutôt que de passer son chemin sans lever le petit doigt. Une miette qui tombe à point pour le malheureux affamé, une goutte de rosée sur celui qui brûle sans merci, ces riens peuvent peser d’un poids infini de grâce inespérée. Alors déjà se franchit l’abîme entre le damné de la terre et celui qui se condamnait par son indifférence, l’enfer est conjuré et le Jour de Dieu s’annonce.


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