LE DOUX COMMERCE - Éditorial du dimanche 22 septembre 2019 - Vingt-Sixième dimanche - Année C

dimanche 22 septembre 2019.

L’expression est forgée par Montesquieu dans son célèbre ouvrage intitulé « De l’esprit des lois » (1758), où il précise que « l’effet naturel du commerce est de porter à la paix ». Nous avons certes appris depuis que les hommes peuvent hélas se livrer des « guerres commerciales » impitoyables dont les plus faibles font les frais, comme de tous les conflits violents en général. En son sens profond, la remarque du philosophe n’en demeure pas moins pertinente. Après tout, les premiers jeux du tout-petit consistent à donner et reprendre des objets divers qui lui sont chers, l’échange des choses symbolisant et réalisant la circulation des affects entre les personnes.

De la crise protestataire qui a si fort secoué notre pays et qui dure, les analystes divers s’accordent au moins à souligner qu’elle révèle une grande souffrance due à la carence de relations sociales. À cette situation concourt pour beaucoup la disparition des lieux de proximité que l’on fréquentait au moins autant pour se rencontrer et se parler que pour s’approvisionner ou consommer. Mais la carence en question ne touche pas moins profondément les centres urbains que la « France profonde », bien que de façon différente. La solitude est un grand mal du siècle dont se payent les formidables satisfactions - et frustrations - qu’offre notre époque de « commerce en ligne » à l’individualisme consumériste qui la dévore.

L’évangile d’aujourd’hui nous rappelle ce que nous savons donc déjà depuis tout petit, que les biens matériels, au-delà de leur valeur d’usage, doivent se partager pour servir à ce qui est plus grand qu’eux : la fraternité humaine. La grande injustice des richesses n’est pas seulement une radicale inégalité de répartition - selon, par exemple, que l’on naît avec une cuiller en argent dans la bouche au sein d’une démocratie occidentale, ou d’un viol en plein pays ravagé par la guerre - mais que la passion de les accumuler détourne les nantis de leur responsabilité à l’égard des autres. Que Dieu touche le cœur de chacun et nous apprenne à tous le sens et la valeur de la miséricorde.


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