Autant en emporte l’Esprit

lundi 13 mars 2006.

Le vent emporte ce qui est léger, inconsistant, éparpillé, il balaie la paille et la bale. Seul le grain reste. Les autres évangélistes usent de cette image et nous mettent en garde : pour tenir devant Dieu, il faut se faire sans prise aux quatre vents du monde qui ballottent les hommes, écartelés entre leurs passions dévorantes et les nécessités de la vie.

Mais en Saint-Marc un autre souffle en action prend toute la place : l’Esprit qui pousse Jésus au désert, qui “l’expire”, pourrait-on traduire. Le Serviteur du Père, au sortir de son baptême par Jean, est tout droit jeté dans l’arène pour être quarante jours éprouvé par Satan, parmi les bêtes et les anges, entre l’innocence perdue du monde et la fidélité de Dieu.

Ce temps inaugural du ministère public est l’annonce de ce qu’il sera tout entier d’un seul jet jusqu’à la fin : une mise à l’épreuve de Dieu en la personne du Fils dont le pouvoir de salut se heurte aux forces hostiles de la révolte contre le Créateur, jusqu’à la passion et la victoire paradoxale de la croix manifestée et accomplie dans la résurrection. Dépouillement de ce qui donne prise en nous aux mauvais vents du monde, exposition de soi au souffle de l’Esprit qui nous conduit selon les desseins de Dieu, tels sont les deux aspects du carême. Le premier nous répugne et nous tente : refuser les privations, s’en faire une gloire, deux écueils. Commençons donc toujours par l’Esprit !

Le baptême auquel se préparent les catéchumènes est le don merveilleux que Dieu désire pour eux : accompagnons-les sur le chemin où ils découvrent leur bonheur en renonçant aux vieilles idoles, et profitons-en nous-mêmes. Car nous n’avons pas fini de mettre Dieu à l’épreuve en nos vies par tout ce qui nous rattache au monde sans lui.

Mais surtout, que se dégage ainsi notre désir de Dieu, qu’il se déploie comme une voile d’avant, comme des ailes d’ange, au souffle de l’Esprit. Qu’il nous emporte à la suite du Christ sur la voie de la vie chrétienne. Le carême en est l’image, et Pâques en figure le terme, lorsque l’Esprit aura accompli en nous toute sanctification.


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