N’ETEIGNEZ PAS L’ETOILE ! - Éditorial du dimanche 4 janvier 2009, Épiphanie du Seigneur

dimanche 4 janvier 2009.

Et si nous prenions la bonne résolution, pour cette année nouvelle, de consacrer à l’essentiel un peu de ce temps que nous gaspillons souvent en divertissements décevants ? Mais qu’est-ce que l’essentiel ?, me direz-vous. J’emprunterai ma réponse au pape Benoît XVI, tirée de son discours au collège des Bernardins : « Regarder au-delà des réalités pénultièmes et se mettre à la recherche des réalités ultimes, qui sont vraies. » C’est là, nous dit-il l’attitude vraiment philosophique ; or, ce n’est pas autre chose que de chercher Dieu, quaerere Deum en latin. Je ne sais pas comment cela se dit en langue des « mages venus d’Orient », mais je suis sûr que c’était le sens de leur démarche dans l’évangile. Ces hommes qui s’appliquaient à scruter le ciel pour y découvrir dans la marche imperturbable des astres le sens profond et immuable des réalités terrestres changeantes ont reconnu dans une étoile nouvelle le signe que la Vérité s’était penchée du ciel pour germer de la terre.

L’étoile d’un peuple, d’une culture, d’un être humain, c’est le signe qui peut lui apparaître, dans le champ de sa recherche droite et ardente de la vérité, que l’objet de sa quête vient à sa rencontre en la personne du Messie d’Israël manifesté sur la terre des hommes. Si nous laissons le souci des tâches présentes ou la jouissance des biens matériels recouvrir ce champ d’un voile d’oubli ou d’indifférence, nous éteignons du même coup l’étoile que Dieu avait allumée pour nous. Matérialisme théorique appliqué avec toute la violence du totalitarisme, ou matérialisme pratique pervers et insidieux séduisant petits et grands par le mirage des plaisirs passagers et décevants de la consommation, ces deux athéismes dénoncés par feu le pape Jean-Paul II ont en commun de nous fermer à l’essentiel, à Celui sans qui notre cœur est sans repos.

N’allons pas nous faire illusion sur nous-mêmes : personne n’échappe à son époque. Les matérialismes du temps atteignent tout le monde, parfois sous la forme de leur contraire apparent, comme une idéologie religieuse violente indigne de Dieu ou un “spiritualisme” agnostique qui habille d’une aura de sensibilité à la question un solide orgueil fermé résolument à la révélation. Ne faut-il pas s’étonner et s’instruire de la fermeture de Jérusalem à l’avènement du Messie, “prise d’inquiétude” avec le roi Hérode à l’écoute des paroles des mages ? Une attitude possessive à l’égard du don de Dieu qui nous a été fait dans le passé peut nous empêcher d’accueillir une grâce nouvelle et plus grande, pour nous et pour d’autres avec nous. Alors n’éteignons pas l’étoile née du désir de Dieu en nous, laissons-nous plutôt saisir par la joie de sa venue parmi les hommes et nous serons nous-mêmes pour eux une lumière dans la nuit du monde.


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